• «Dancer In The Dark» reçoit la palme et couronne Bjôrk festival DE CANNES

    Favori de la compétition, Lars von Trier a reçu la récompense suprême des mains de Catherine Deneuve, justement à l’affiche de son film, où elle côtoie la chanteuse islandaise, gratifiée du Prix d’interprétation féminine" "On les disait brouillés après un tournage tumultueux, ils se sont réconciliés dimanche soir en pleine lumière: Lars von Trier et Bjôrk ont été les grands triomphateurs du 53e Festival de Cannes. Le réalisateur danois a obtenu la Palme d’or pour son film «Dancer In The Dark», et la chanteuse islandaise, qui y joue le rôle principal et en a composé la musique, a reçu le Prix d’interprétation féminine. Le jury présidé par Luc Besson n’a donc, une fois n’est pas coutume, pas voulu aller à contre-courant du public et des critiques de la Croisette, qui avaient fait de «Dancer In The Dark» leur favori. Le film est un mélodrame musical qui raconte l’histoire d’une jeune mère célibataire tchèque immigrée aux Etats-Unis dans les années 60, atteinte progressivement de cécité et qui veut éviter pareil drame à son fils. Troisième Palme d’or danoise C’est la troisième Palme d’or danoise en treize ans (après les deux films de Bille August «Pelle le Conquérant» en 1988 et «Les meilleures intentions» en 1992), et la consécration pour Lars von Trier, 44 ans, qui l’avait ratée de peu en 1996 avec «Breaking The Waves». Quelques minutes avant la cérémonie, sa montée des marches en compagnie de son actrice avait quasiment vendu la mèche: c’est côte à côte qu’ils sont apparus sur le tapis rouge, alors, que quatre jours plus tôt, ils s’étaient soigneusement évités. Et en recevant la récompense suprême, le réalisateur danois a balayé avec élégance toutes les disputes nées sur le tournage: «Merci à Bjôrk. Et comme elle ne me croit pas, si vous la rencontrez, dites- lui que je l’aime. » Outre le triomphe de Lars von Trier, ce Festival 2000 restera celui de l’arrivée en force d’un cinéma asiatique enfin accessible au grand public occidental, et qui a reçu trois récompenses: le Prix d’interprétation masculine à la star de Hongkong Tony Leung pour «In The Mood For Love», réalisé par son compatriote Wong Kar-waï; le Grand Prix, sorte de Palme bis, à «Guizi Lai' Le» («Devils On The Door- step»), du Chinois Jiang Wen; et le Prix de la mise en scène à «Yi Yi», du Taïwanais Edward Yang. Dans ce match entre l’Europe et l’Asie, les Etats-Unis ne sauvent l’honneur que par le Prix du scénario, avec «Nurse Betty» de Neil LaBute. Manquant de places au palmarès, le jury a remis une mention spéciale à l’ensemble des acteurs de «La noce» du Russe Pavel Lounguine. Enfin le Prix du jury, traditionnel petit coup de cœur des jurés en fin de palmarès, a distingué l’étonnant film «Chansons du deuxième étage», du Suédois Roy Andersson, et la jeune Iranienne Sa- mira Makhmalbaf pour «Le tableau noir». Un succès iranien renforcé par la Caméra d’or du meilleur premier film remis ex aequo — par un autre jury — à deux autres films iraniens, «Djo- meh», de Hassan Yektapanah, et «Un temps pour l’ivresse des chevaux», de Bahman Ghobadi. Et hors palmarès officiel, la Commission supérieure technique a elle aussi récompensé le cinéma asiatique en donnant son prix du montage et de la photographie à «In The Mood For Love». Avant d’annoncer son verdict, Luc Besson avait tenu à «féliciter l’ensemble des 22 films» en compétition (il y en avait en fait vingt-trois) qui, a-t-il dit, ont tous été évoqués par les jurés à un moment ou à un autre. Et les 3000 spectateurs de la grande salle du Palais des Festivals ont applaudi à tout rompre son palmarès qui tranche avec les choix radicaux du jury de l’an dernier.Outre les deux ovations debout réservées à Lars von Trier et à Bjôrk, et la somptueuse robe échancrée couleur crème de la maîtresse de cérémonie, Virginie Ledoyen, le moment d’émotion de cette soirée de clôture aura été les larmes de joie de Samira Makhmalbaf, 20 ans, robe et foulard noirs, qui a salué «l’action héroïque de la jeune génération qui a lutté pour la démocratie» en Iran.

"Portrait d’un habitué de la Croisette"

"Lauréat de la Palme d’or de Cannes, Lars von Trier est né en 1956 au Danemark. Il a été sélectionné au Festival de Cannes dès ses débuts en 1984, avec «Element of Crime» qui lui vaut un prix de la Commission technique. Depuis, chacun de ses films a été montré à Cannes. En 1987, la section «Un certain regard» accueille «Epidémie». Quatre ans plus tard, «Europa» reçoit le Grand Prix du jury. Enfin, en 1996, «Breaking The Waves» se voit récompensé du Grand Prix du jury. Il y a deux ans, «Les idiots» figure dans la sélection officielle. Ce film marque aussi le début du Dogme, ce manifeste cinématographique qui commande au réalisateur de ne tourner notamment qu’en lumière naturelle et son direct. «Dancer In The Dark», qui sortira sur les écrans romands début octobre, est l’un des films les plus chers jamais tournés en Scandinavie: 26 millions de francs. Une centaine de caméras ont été mobilisées pour certaines scènes. Tourné en vidéo en Suède, ce film est un mélo musical, composé et interprété par Bjôrk. Au générique figurent également Catherine Deneuve et Peter Stormare.